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18-12-18

10 ans SERFA: un rapport

Mission au Sénégal dans le cadre de la fête de 10 ans PlanBobath, du 1er au 10 décembre 2018.

 

Samedi matin, le 1er décembre, nous partons avec beaucoup d'enthousiasme : Yves, notre technicien orthopédique, Kaat, Janine et moi comme thérapeutes Bobath. Kaat prendra également des photos pour mieux faire connaître le projet et recueillir des fonds. Martine, notre juriste se joindra à nous mardi prochain.

Nos bagages personnels pèsent environ 23 kg chaques, Yves a également préparé quatre grandes caisses de 23 kg avec du matériel qu'il pourra utiliser sur place. Le vol se passe bien. Brussels Airlines nous gâte avec un repas savoureux, un biscuit au café et une délicieuse barre de chocolat Neuhaus.

 

A Dakar, la douane a du mal avec les caisses de matériel, mais Yves négocie bien ! Dehors, la chaleur nous frappe : 32 degrés.... Hyacinthe nous conduit à Thiès où nous nous installons dans les chambres de Caritas. Au lieu de quatre, nous avons trois chambres, alors Kaat et Janine décident de partager une chambre. L'air conditionné dans la chambre fonctionne, pas de luxe superflu, le bruit il faut s’y habituer... Marie-Françoise, coordinatrice du projet vient avec ses deux petits enfants et nous explique le programme de la semaine à venir.

Après une visite au supermarché local pour des bouteilles d'eau, nous mangeons dans un restaurant local du Yassa poulet ou poisson (poulet/poisson  avec beaucoup d'oignons étuvés et du citron, servi avec du riz blanc).

 

Dimanche nous visitons le monastère bénédictin de Keur Moussa. A onze heures, il y a une messe où l'on peut entendre de beaux chants grégoriens. Quelqu’un joue de la 'Kora', un instrument à  21 cordes. La musique est céleste. Après la célébration, il y a a possibilité d’acheter des fruits, des légumes, des jus et des confitures dans le magasin local des Pères.

À 16 h, nous avons un premier rendez-vous avec les responsables, Marie-Françoise et André. L'objectif de la semaine prochaine sera à nouveau discuté. Devant la crèche il y a plusieurs grandes tentes, dont 2 tentes blanches pour nos consultations. Comme nous savions que la température monte à plus de 30 degrés, nous avons gentiment demandé de  travailler à l'intérieur avec les patients. Nous avons installé tout le matériel nous-mêmes pour pouvoir commencer le travail lundi. Il s'agira d'une consultation multidisciplinaire, à laquelle participeront un dentiste, un pédiatre, un pneumologue, un psychiatre, un neurologue, un radiologue et une diététicienne.

 

Notre première journée de consultations commence à 8h15 à Thiès. Plusieurs enfants attendent déjà, avec leurs (grand) parents. Les enfants ont besoin de beaucoup de patience, et attendent sous un soleil brûlant. Des sachets d'eau sont régulièrement distribués. Kaat, Janine et moi examinons environ 40 enfants. Yves aide à trouver l'équipement qui pourrait être utilisé. Un collègue sénégalais d’Yves, Siaka Sonko reçoit une mini-formation, il va fabriquer des attelles, des matelas, des stations-debout, avec des artisans locaux dans les prochains mois. De nombreux enfants sont gravement handicapés : les enfants atteints de microcéphalie sont fréquents, associés à l'épilepsie, la cécité, l'hypertonie. Est-ce la cause du moustique Zika ? Pratiquement tous souffrent également de malnutrition. Le maire de Thiès vient nous rendre visite et nous fait part de l’intérêt qu’il porte à ses citoyens porteur d’un handicap.

Le dernier patient nous quitte à six heures. Nous passons en revue tous les enfants avec les relais : problème principal, quel traitement, quel équipement peut les aider dans un avenir proche.

La journée est fatigante mais très instructive.

 

Mardi matin nous partons pour Dakar, plus précisément Guédiawaye. Ce sont des rendez-vous à la Sénégalaise, ce qui signifie que nous partons avec une heure de retard. Tout le trajet dure trois heures, trois heures dans un bus de 35 personnes. Je crois que les femmes sénégalaises ne peuvent pas parler sur un ton normal, alors parfois on ne sait pas si elles cherchent la bagarre ou si elles parlent juste de la pluie et du beau temps ! Sur le chemin, il y a aussi une discussion avec un policier qui veut vérifier les papiers de l'autobus, et hop, encore une demi-heure de plus dans le bus en pleine chaleur !

Une fois sur place, nous avons la chance que les consultations auront lieu à l’intérieur. Les consultations se déroulent bien, les enfants avec leur maman ou leur papa attendent pendant des heures et peuvent venir nous voir un à un, grâce à un numéro de suivi. Janine et moi essayons le mieux possible, avec l'aide d'un relais, de voir le problème pour établir un plan de traitement et essayer un appareil orthopédique avec les conseils d'Yves, notre technicien orthopédiste. Kaat, notre photographe,  photographie les enfants, elle s’est ensuite joind à nous, pour nous aider à finir avec nos consultations.

Durant la journée, d'éminentes personnalités se joignent à nous et plusieurs discours ont été prononcés. A l'extérieur a pris place la radio locale et on joue beaucoup de musique, avec un volume assez élevé. Il y a des relais qui se  mettent à chanter, L’ambiance très agréable, mais selon nos normes, il y a beaucoup de bruit. Le retour en bus, dans l'obscurité, est difficile. Les relais sont heureux de leur journée et s'amusent dans le bus. Le bruit augmente en décibels.

Une fois de retour à Thiès, nous retrouvons  la paix. Nous sommes fatigués mais satisfaits de notre consultation d'aujourd'hui, où nous avons vu 40  enfants.

 

Mercredi, c'est au tour des enfants de Pout ! Les consultations auront lieu à la mairie de Keur Moussa.

La salle d'attente sous le grand arbre est à nouveau bien remplie ! J'ai toujours l'impression que les parents nous regardent pleins d'attentes, ils ont peut-être une lueur d'espoir que nous pouvons faire quelque chose pour leur enfant. De temps en temps, nous voyons aussi une énorme gratitude de la part des parents et de l'enfant quand nous pouvons essayer et présenter quelque chose de pratique comme un cadre de marche ou une station-debout. Sachez que ces enfants sont allongés presque continuellement sur le sol. Parfois, vous aimeriez suggérer un fauteuil roulant, mais il s'avère que ces gens vivent quelque part au milieu du sable.

Aujourd'hui, notre salle à consultation  est à l'extérieur dans une tente couverte ! Ce sera haletant dans la chaleur. La position du soleil, nous amènera à devoir régulièrement déplacer nos  tapis pour rester à l’ombre.

Le maire, l’Iman et plusieurs dignitaires nous rendent visite. La radio et la télévision sont également présentes aujourd'hui. L'objectif est de les sensibiliser, dans l'espoir qu'ils nous soutiennent financièrement.

Encore une fois, nous voyons beaucoup de pathologies. Dans ce pays, il y a un gros problème de consanguinité. Ce qui amène parfois à des handicaps  très graves. Nous voyons aussi plusieurs enfants atteints de tuberculose osseuse et des patients atteints de drépanocytose. Cela provoque des problèmes très graves.

Vers trois heures, il y a des dames qui nous apportent de grands plats avec de la nourriture : riz, poulet, oignons, poivrons, tomates. Traditionnellement, on mange avec la main, mais heureusement nous recevons une cuillère. Le plat est délicieux mais épicé. Il y a de la nourriture pour tous ceux qui sont encore présents.

Nous voyons à nouveau une quarantaine d'enfants, à six heures la consultation multidisciplinaire est terminée et nous montons dans notre bus bondé, dans l’espoir d’arriver à Thiès assez tôt. Mais.... pas de chance pour nous ! Après dix minutes nous nous arrêtons dans un petit village, un des relais a perdu sa belle-sœur ce jour-là et c'est une tradition d’aller présenter des condoléances.

Le voyage qui suit dans le bus bondé, avec beaucoup de bruit et dans l'obscurité totale, n'est pas agréable.

Après un dîner léger, nous rentrons fatigués dans notre chambre.

 

Jeudi matin à huit heures et demie, nous avons rendez-vous avec notre bus. Il ne faut prendre cela à la lettre ! car une heure plus tard, il arrive !!! Au bout de quatre jours, nous devrions savoir que la notion du temps sénégalais est très flexible.

Les enfants et leurs parents nous attendent à Tivaouane. Les chaises traditionnelles en plastique blanc seront bleu aujourd’hui et la salle d'attente est improvisée à nouveau sous un arbre épais.

Il y a un peu moins de patients, mais il est difficile de s'habituer aux pathologies sévères.A nouveau plusieurs dignitaires, la radio, la télévision, de nombreux discours, beaucoup de musique bruyante rythmerons la journée, mais on commence à connaitre.

Comme nous sommes prêts un peu plus tôt, nous espérons rentrer tôt à la maison.

Cependant, Tivaouane est une ville sacrée. Nous prenons la direction de la grande mosqué ou nous avons rendez-vous avec le marabout. Le marabout a une école coranique à laquelle les parents confient leurs fils, on appelle ces garçons des talibés. Ils reçoivent principalement une éducation à la doctrine du Coran et doivent mendier pendant la journée. Il y a des centaines de ces enfants qui se promènent dans la rue avec un pot en plastique pour récolter les dons (argent et nourriture)

En tant que femme, nous n'avons pas le droit d'entrer sans se couvrir les cheveux,  nous devons donc nous mettre une écharpe sur la tête. Certain on fait le choix de ne pas accompagner, et devrons à nouveau attendre dans le bus qui est terriblement chaud. Le voyage se poursuit enfin et nous arrivons tard à la maison. C'est le dernier jour des consultations, mais surtout la dernière fois que nous devons nous asseoir dans l'autobus.Durant ces quatre jours nous avons consulté 143 enfants. Après une journée de travail, le trajet en bus reste une épreuve : chaleur, bruit, conduite dans l’obscurité....

Grâce à Martine, c'est la dernière nuit où nous dormons à Caritas. Les chambres sont très simples. La ‘salle de bain' est sale. Le pire, c'est la douche : il ne sort que de l'eau froide ! Pour nous, Occidentaux, c'est une épreuve. Se doucher le soir, sous un petit jet d'eau froide, est plus facile que le matin. Pour le petit déjeuner, nous nous sommes fournis nous-mêmes : nous avons apporté du fromage à tartiner, des petits pots de choco et de la confiture de Belgique. Le gardien nous fournit des baguettes fraîches.

L'air conditionné est continuellement allumé à 19 degrés, dans l'espoir que les moustiques (malaria et Zika) restent à l'écart. Nous dormons par précaution sous une moustiquaire.

 

Vendredi matin, nous retournons au foyer/crèche. Nous aimerions jeter un coup d'oeil au matériel disponible (attelles, coquilles de siège, chaises triangulaires, stations-debout, etc...). Tout est mélangé, un inventaire s'impose d'urgence.

Yves reste à Thiès. Avec le matériel qu'il a apporté avec lui, il veut aller à l'atelier qu'il a fondé il y a 30 ans. Il souhaite contacter l'ouvrier métallurgiste, le maroquinier, le menuisier local qui travaille déjà sur le projet. Il espère faire un prototype de parapodium ce week-end.

 

Après beaucoup de recherches, nous trouvons un vieux taxi délabré qui nous emmène à la mer. Martine a loué une villa, sur la plage, à Ngaparou. Nous sommes gâtés par notre cuisinier, Gilles, qui est sur place. Pour la première fois en une semaine, de l'eau chaude sort de la douche. Le seul son que nous entendons, ce sont les vagues. Les plus courageuses plongent dans l'océan Atlantique. Calme, tranquillité, repos....

Nous marchons sur la plage, une centaine de mètres plus loin se trouve un café sur la plage où nous allons de temps en temps parce qu'il y a du WIFI ! Nous sommes en désintoxication numérique !

Une amie de Martine arrive aussi, c'est agréable. Lors d'une de nos promenades nous rencontrons un pêcheur, il veut nous emmener avec son bateau au lagon de Somone, un peu plus au nord. Nous faisons une promenade en bateau à travers la mangrove, observons les centaines d'oiseaux et mangeons des huîtres fraîches et des moules grillées. Ça c’est des vraies vacances.

 

Le lundi 10 décembre est notre dernier jour au Sénégal. Avec un bon taxi cette fois-ci, nous retournons à Thiès. Nous avons un dernier rendez-vous avec André et Marie-Françoise et Simonne, la comptable : comment s'est passée la semaine de consultations, que sont les points forts des relais, a-t-on accordé suffisamment d'attention au projet dans les médias, qui peuvent aider financièrement, et surtout, où pouvons-nous en tant qu'organisation les soutenir vers l'avenir. Avec toutes nos expériences de la semaine, nous devons maintenant voir comment la coopération va se poursuivre en Belgique. Bien sûr, ils attendent beaucoup de soutien, surtout du soutien financier de notre part. Certains relais sont vraiment bons et font un excellent travail. Kofy, un kine pédiatrique locale, a participé aux consultations. Yves a pu établir d'autres contacts avec des artisans locaux.

A 15h nous voulons donner une autre formation aux relais, il sera 16h quand ils arriveront.... une session très pratique avec un enfant avec des problèmes respiratoires sévères est donnée. Les relais sont formés pour remplir le rapport de l'enfant tout en observant un garçon de six ans.

 

A 18h00, il est temps de se rendre à l'aéroport. Ce fut une expérience énorme.

 

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